Instruments

LE PIANO-FORTE A QUEUE D’APRES JOHANN FRITZ (vers 1814)

fortepiano

Johann Fritz fut l’un des facteurs de piano viennois le plus brillants de la période Classique. Quoique moins renommé aujourd’hui que ses contemporains Anton Walter et Conrad Graf, Fritz a construit des pianos qui furent peut-être les plus élégants d’entre tous, tant par leur sonorité que par leur beaux meubles. Ses instruments de six octaves, fabriqués entre 1810 et 1825 environ, se distinguent par le raffinement de leur registres sonores: les basses, qui commencent à Fa1 et dont le timbre rappelle des instruments à anche, cèdent au mystérieux registre médium et aux timbres flûtés du registre soprano, avant de monter jusqu’à fa6 dans les aigus au chant si aérien de l’alouette. La plupart des pianos de Fritz ayant survécu jusqu’à nos jours ont quatre pédales : una corda (qui décale le clavier pour que les marteaux frappent une corde au lieu de deux dans les graves, et deux au lieu de trois dans les aigus), moderator, (des languettes de tissue s’intercalent entre le marteau et la corde afin de produire une sonorité douce et légèrement susurrante), forte (qui soulève les étouffoirs) et musique janissaire qui, selon la pression du pied, fait sonner des clochettes seules, des clochettes et des cymbales, ou des clochettes, des cymbales et une grosse caisse (un heurtoir frappe la table d’harmonie !). Une genouillère fait fonctionner le jeu de basson, un rouleau de papier recouvert avec de la soie qui frétille quand il est mis en contact avec les cordes graves. La « mécanique viennoise », dans laquelle les marteaux légers et recouverts de cuir sont montés directement sur la touche, crée un lien direct et sensible entre le musicien et les cordes.

L’instrument est un fac-simile fabriqué en 1981 par Christopher Clarke, d’après un original construit vers 1814 et qui fait partie de la collection Burnett à Finchcocks, dans le Kent (G.B.). Des placages d’acajou moiré de Saint-Domingue, d’érable et de poirier teinté recouvrent la caisse, qui est ornée de décorations sculptées, peintes et dorées au niveau des pieds et de la lyre. Pour compléter le décor, des appliques en bronze doré entourent le clavier et ornent le dessus des pieds.

C. Clarke

LE PIANO-FORTE CARRÉ DE JOHANNES BÄTZ (1789)

squarepiano

Le piano-forte carré fut construit par Johannes Bätz en 1789. De ce facteur de Frankfurt-am-Main, nous n’avons que très peu de renseignements ; cet instrument est le seul connu de son atelier. Le fond du piano, sous la table d’harmonie, porte l’inscription au crayon « Johannes Bätz Frankfurth am Mayn im Marz 1789 ». Ce piano est resté dans la même famille française depuis au moins le début du 19e siècle, et fut vraisemblablement commandé par elle, ce qui explique le clavier en ivoire (plutôt qu’en ébène) et l’ébénisterie particulièrement raffinée. Cet instrument possède une sonorité ronde et plastique, capable d’exprimer des sentiments musicaux profonds. Il est doté de quatre genouillères, deux qui actionnent la ‘pédale’ forte (une genouillère correspond à la partie du clavier au-dessus du do central, l’autre à la partie en dessous de cette note), et deux qui actionnent de la même manière le jeu ‘de luth’ ou ‘jeu céleste’. L’instrument fut restauré dans l’atelier de Christopher Clarke en 1991.

C. Clarke

LE CLAVICORDE D’APRES HUBERT (1772)

clavichord

Le clavicorde non-lié (une paire de cordes correspond à chaque touche) a été construit en 1999 par Thomas Steiner à Bâle en Suisse d’après un instrument de Christian Gottlob Hubert, daté de 1772, qui se trouve aujourd’hui dans la collection d’instruments à clavier historiques Neumeyer à Bad Krozingen en Allemagne.

Christian Gottlob Hubert est né en 1714 à Fraustadt en Pologne (aujourd’hui Wschowa). En 1740 il se rend à Bayreuth en tant que facteur d’orgues et d’instruments au service du Margrave, Prince de Bayreuth. Il suit la cour lors de son transfert à Ansbach en 1769 et y reste jusqu’à la fin de sa vie. En 1786, l’historien Johann Georg Meusel écrit dans son journal Miscellaneen artistischen Inhalts: «De passage à Ansbach, le voyageur avisé s’efforcera de rendre visite à Hubert, l’illustre facteur d’instruments. Il est renommé loin à la ronde pour ses clavicordes solides et ses piano-forte. Tous ont une sonorité particulièrement belle. Hubert a toujours à portée de la main différents exemples de son travail; chaque instrument peut s’enorgueillir d’un motif spécial et de la construction la plus ingénieuse […] C’est un très petit homme, au caractère tranquille et noble, bien que plutôt entêté et fougueux, et son travail est accompli avec une extraordinaire précision». Hubert est mort à Ansbach en 1793.

Les instruments de Hubert qui subsistent justifient l’opinion favorable de Meusel. Dix-neuf clavicordes sont signés de Hubert ou peuvent clairement être attribué à son atelier. Trois d’entre eux sont du type dit «non-liés» : ils datent de 1771, 1772 et 177(9). Ils ont en commun une caisse relativement petite, une bande de cordes étroite et des leviers de touches courts, avec des tangentes frappant les cordes près de leurs points d’attache. En conséquence, étant donné que les touches rencontrent un point d’arrêt ferme au moment de la production du son, l’interprète peut avoir un contrôle précis du toucher. Ces clavicordes répondent aux plus subtiles variations de toucher et permettent une très grande gamme de nuances dynamiques, ainsi qu’une grande variété de couleurs.

Thomas Steiner